E171 : l’additif alimentaire qui interroge

Publié le 08.08.2017  |   Actualité 2017-08-08

E171 est un colorant largement utilisé dans l’industrie agroalimentaire, et pourrait favoriser l’apparition de lésions précancéreuses du côlon. L’Anses poursuit ses travaux de recherche pour évaluer les risques sur la santé des consommateurs.

Confiseries, pâtisseries, plats préparés, mais aussi dentifrice ou enrobage des médicaments… Utilisé par les industriels pour ses propriétés de pigmentation et de brillance depuis les années 60, le colorant E171 (dioxyde de titane) est présent partout. Et il se pourrait bien que ce produit aux vertus uniquement esthétiques ne soit pas sans conséquences pour la santé des consommateurs. Au mois de janvier, des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ont publié, dans la revue Scientific Reports, une étude selon laquelle le E171 pourrait favoriser l’apparition de lésions précancéreuses et de troubles du système immunitaire chez l’animal. 

Cette expérimentation a été menée pendant plusieurs semaines sur des rats exposés au colorant à des doses colorant - additif- danger - cancer - Mutuelle Mieux Etre similaires à celles ingérées quotidiennement par l’homme. « Le dioxyde de titane est composé à la fois de particules micrométriques et de particules nanométriques, explique Eric Houdeau, co-auteur de l’étude et membre du centre de recherche en toxicologie alimentaire de l’Inra à Toulouse. Or on sait que des nanoparticules modèles, lorsqu’elles sont étudiées in vitro, ont des propriétés toxiques. Avec le E171, nous avons montré, pour la première fois, que les nanoparticules de dioxyde de titane pénétraient la paroi de l’intestin et se retrouvaient ensuite dans le foie, ce qui traduit un passage dans la circulation générale et donc une distribution à l’ensemble de l’organisme. » 

Prédisposition aux inflammations

L’étude précise et démontre que le E171 s’accumule dans la paroi même de l’intestin sur toute sa longueur et jusqu’aux cellules immunitaires. « A long terme, ces impacts sur le système immunitaire se traduisent par un affaiblissement des défenses au niveau de l’intestin, mais aussi par un déséquilibre au niveau de la circulation 
générale qui peut-être interprété comme un facteur de prédisposition à déclencher des inflammations », poursuit le chercheur. Autre constat : l’exposition chronique des rats au dioxyde de titane pendant une centaine de jours « a été suffisante pour que 40 % d’entre eux développent spontanément des lésions précancéreuses du côlon », ajoute Fabrice Pierre, le second auteur de l’étude. Et ce n’est pas tout : chez des rats présentant déjà des lésions précancéreuses induites chimiquement avant l’étude, les scientifiques ont constaté que l’exposition au E171 conduisait à une augmentation de la taille de ces lésions. « Ici, on parle d’effet promoteur de la cancérogénèse, précise Fabrice Pierre.

En clair, le dioxyde de titane accélère le développement des lésions préexistantes. » Mais attention, la présence de ces lésions ne veut pas forcément dire que les rats vont effectivement développer un cancer. « Le cancer du côlon est une pathologie multiphasique : il y a de très nombreuses étapes entre la lésion précancéreuse et la tumeur, souligne le chercheur. En outre, il faut bien comprendre que la portée de notre travail dépend de notre protocole et du modèle que l’on a utilisé, le rat en l’occurrence. Que ce soit pour le volet immunitaire de l’étude ou pour le volet cancer, l’extrapolation directe des résultats à l’homme n’est pas possible. » 

L’effet promoteur du cancer retenu par l’Anses

Quoi qu’il en soit, c’est bien le potentiel effet promoteur de la cancérogénèse de l’E171 (jamais identifié auparavant) qui a été retenu par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) dans un avis rendu le 13 avril. Selon elle, le colorant doit faire l’objet d’études plus poussées pour identifier les dangers réels sur la santé humaine. En l’état actuel des connaissances, l’Anses se refuse toutefois à remettre en cause la position de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (Efsa) selon laquelle l’ingestion orale de l’E171 « ne constitue pas un problème de santé publique pour les consommateurs ». De leur côté, certains industriels (comme William Saurin ou la marque U) n’ont pas attendu que le danger soit avéré pour décider de supprimer l’additif alimentaire de la fabrication de leurs produits. « De jolis coups de pub, selon Eric Houdeau. Si le produit est en cours de réévaluation, cela ne signifie pas qu’il est obligatoirement mauvais. On en est vraiment au tout début de la mise au point de tests de sécurité pour des effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant et qui posent question. » Pas de panique, donc. Du moins pour le moment. 

 

Aliisa Waltari

 

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