Boissons énergisantes & alcool : des liaisons dangereuses

Publié le 31.03.2021  |   Actualité 2021-03-31

Selon une étude effectuée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)(1) en 2012 auprès de 52 000 personnes de 16 états membres de l’Union européenne, la consommation de boissons énergisantes associée à celle d’alcool concerne 53 % des adolescents et 56 % des adultes.

Et cette association représente un réel danger pour la santé !

Un faux remède contre les effets de l’alcool

On peut se demander pourquoi cette association est si fréquemment utilisée, et par les jeunes en particulier. C’est très simple : cela leur permet de moins ressentir les effets négatifs de l’alcoolisation parfois massive, et d’avoir ainsi la sensation de « mieux tenir » l’alcool, de pouvoir boire plus et plus longtemps.

En effet, les effets psychostimulants de la caféine réduisent l’effet sédatif de l’alcool qui apparaît après l’euphorie. Ainsi, les signes de l’ivresse, de l’intoxication alcoolique (la fatigue, la bouche sèche, les maux de tête, les troubles de la coordination motrice, le temps de réaction augmenté) seront moins bien perçus par le consommateur. Il aura l’illusion de réduire son ivresse, voire de la faire disparaître. À tort !

Incité à repousser ses limites de consommation, car il aura l’impression de « mieux tenir l’alcool », le consommateur devient de plus en plus tolérant aux boissons alcoolisées : il doit boire plus pour obtenir les mêmes effets. La spirale qui mène à la dépendance est entamée : l’alcoolisme peut alors se développer insidieusement...

Une étude édifiante

Une étude que j’ai menée à Grenoble École de Management en 2011vient confirmer ces comportements.

Lorsque l’alcool est pris avec une boisson énergisante, les étudiant(e)s déclarent en consommer plus souvent et en quantité plus importante. Ce comportement est plus fréquent pour les garçons.

 

Ainsi on observe que :

  • la consommation de « 6 verres ou plus par occasion » au moins 1 fois par mois est plus fréquente : 64,7 % vs 35,6 % ;
  • la consommation régulière d’alcool (10 consommations et plus au cours des 30 derniers jours) est plus fréquente : 49,8 % vs 33,9 % ;
  • les ivresses régulières (10 et plus au cours des 12 derniers mois) sont plus fréquentes : 31,6 % vs 19,3 % ;
  • les ivresses répétées (au moins 3) au cours des trente derniers jours sont plus fréquentes : 75 % vs 50,0 %.

 

Un point important à souligner : ces ivresses déclarées par les étudiant(e)s ne semblent pas du tout les inquiéter. Ils banalisent totalement leurs comportements.

Une étudiante me posait récemment cette question : « Croyez-vous que 2-3 alcoolisations massives par semaine, c’est mauvais pour ma santé ? » Sachant que la maturation du cerveau se poursuit jusqu’à l’âge de 25 ans, et que l’éthanol détruit la substance grise et la substance blanche, les capacités de mémorisation et de planification (en particulier, mais pas seulement) en seront donc affectées. Une prise d’alcool importante (plus de 5 ou 6 verres) au cours d’une soirée n’est donc pas sans risque pour sa santé, dans les heures qui suivent tout d’abord, et à plus long terme également.

 

Les conséquences négatives sont aussi plus fréquentes lorsque l’alcool est associé à une boisson énergisante :

  • l’incapacité de faire ce qui était normalement prévu au moins 1 fois par mois est trois fois plus fréquente ;
  • de même, l’incapacité de se souvenir de ce qui avait été fait (les trous noirs) au moins 1 fois par mois est deux fois plus fréquente ;
  • la perte de contrôle, l’incapacité de s’arrêter de boire au moins 1 fois par mois sont près de quatre fois plus fréquentes ;
  • s’être blessé ou avoir blessé quelqu’un (au moins 1 fois dans la vie) est deux fois plus fréquent parmi celles et ceux qui associent alcool et boisson énergisante ;
  • un parent, un ami, un médecin ou un autre soignant s’est déjà préoccupé de la consommation d’alcool 2 fois plus souvent (cela concerne un étudiant(e) sur cinq).

 

Ces conséquences ne sont pas anodines : on retrouve des critères qui peuvent évoquer une dépendance à l’alcool, même si cela ne concerne qu’un nombre limité d’étudiant(e)s.

 

Les conséquences sociales et relationnelles de l’alcoolisation sont toutes plus fréquentes lors de l’association alcool/boissons énergisantes :

  • avoir été mêlé(e) à des bagarres : près de trois fois plus fréquent ;
  • avoir été mêlé(e) à un accident : deux fois plus fréquent ;
  • avoir eu des problèmes avec ses ami(e)s : cinq fois plus fréquent ;
  • avoir été victime d’un vol ou avoir eu un problème avec la police à cause de la consommation d’alcool : 3 fois plus fréquent ;
  • 15 garçons et 13 filles ont été hospitalisé/admis aux urgences à cause de leur consommation d’alcool (associé à une boisson énergisante) vs 5 garçons et 4 filles (alcool seul) : 3 fois plus ;
  • 52 garçons et 45 filles ont eu des rapports sexuels non protégés à cause de leur consommation d’alcool (associé à une boisson énergisante) vs 12 garçons et 29 filles (alcool seul) : deux fois plus.

 

On observe donc que les prises de risque sont plus nombreuses lorsque l’alcool est consommé avec une boisson énergisante et qu’elles sont plus fréquemment associées au binge drinking (+ 90% !) et une perte de contrôle, l’impossibilité de s’arrêter de boire (risque multiplié par 2). Les prises de risque sont plus fréquentes et représentent un danger pour les consommateurs et leur entourage.

Attention de ne pas se brûler les ailes…

On est loin des effets de Red Bull « qui donne des ailes aux gens partout dans le monde et dans quasiment toutes les situations de leur vie quotidienne » ou de Dark Dog « un allié de choix pour dépasser les limites et rester au top de la forme tout au long de la journée… et jusqu’au bout de la nuit ! ».

En fait, la conclusion est sans appel : les boissons énergisantes entretiennent chez les consommateurs l’idée fausse qu’elles les aident à dépasser leurs limites, alors qu’elles peuvent les mettre en danger. Et comme pour Icare qui un jour a voulu atteindre le soleil, la chute peut être brutale !

 

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