Binge drinking : une toxicomanie des temps modernes

Publié le 18.06.2021  |   Actualité 2021-06-18

Phénomène connu depuis plusieurs décennies aux USA chez les étudiants, puis dans les pays anglo-saxons et les pays nordiques, ce mode de consommation d’alcool chez les adolescents et les jeunes adultes a fait son apparition en France depuis quelques années, tout comme en Espagne (avec le botellon) et au Portugal.

Binge drinking : de quoi s’agit-il exactement ?

Le principe est très simple : il s’agit de boire la plus grande quantité d’alcool en un minimum de temps, non pas pour le plaisir de boire, mais pour être rapidement défoncé. Il s’agit d’une intoxication alcoolique aiguë, afin d’atteindre une ivresse voire un coma éthylique.

Les termes de « binge drinking », « alcoolisation ponctuelle intensive (API) », « biture express », « consommation massive d’alcool » sont le plus souvent employés. Si ce comportement existe bien, les questions qui permettent de le mesurer font par contre défaut. La définition la plus communément admise correspond à la consommation de 5 verres ou plus (pour un homme) et de 4 verres ou plus (pour une femme) en une seule occasion. Voici quelques définitions, correspondant à d’autres quantités d’alcool ingérées :

  • Avoir une alcoolémie d’au moins0,8 gramme/ litre (USA).
  • Boire une demi-bouteille d’alcool fort ou 2 bouteilles de vin en une même occasion (Suède).
  • Boire 6 bouteilles de bière ou plus par occasion (Finlande).
  • Boire 8 verres d’alcool au cours d’une journée (Canada).

 

Pour l’Organisation mondiale de la Santé, il s’agit de la consommation de « 5 verres d’alcool ou plus au cours d’une occasion ».

Cela montre que le concept-même varie selon les pays, les cultures, la manière de consommer de l’alcool et également les quantités consommées. Une critique faite à ces définitions : ne pas prendre en compte la taille et le poids des consommateurs(trices), car l’alcoolémie varie selon ces 2 paramètres, et selon le sexe également. De plus, le temps de consommation reste souvent assez vague : une occasion de boire, cela dure une heure, deux heures, toute une soirée ? En termes d’alcoolémie, c’est totalement différent ; c’est pourquoi certains formulent la question différemment : consommation de 5 verres ou plus d’affilée, dans les 2 heures. Ce qui chez un jeune adulte se traduit par une alcoolémie minimale de 1g/litre pour les hommes, et… plus de 1,65 g/litre pour une femme !

Le binge drinking chez les jeunes Français

Dans l’enquête ESCAPAD, qui est réalisée chaque année auprès des jeunes garçons et filles âgé(e)s de 17 ans lors de la journée Défense Citoyenneté, les alcoolisations ponctuelles intensives sont évaluées. Ainsi, en 2011, 29 % des garçons et 15,8 % des filles déclarent avoir bu « au moins 5 verres de boissons alcoolisées en une seule occasion (une soirée par exemple) » au moins 3 fois au cours des 30 derniers jours. 18,5 % des garçons et 7,7 % des filles déclarent avoir bu « au moins 5 verres de boissons alcoolisées d’affilée » au moins 3 fois au cours des 30 derniers jours. De plus, 14,7 % des garçons et 5,8 % des filles déclarent 10 ivresses ou plus au cours des 12 derniers mois.

Les 15-30 ans (Baromètre Santé 2010) se démarquent également du reste de la population en ce qui concerne l'abus d'alcool : leur consommation régulière reste rare (2,5 % contre 27 % chez les 61-75 ans) mais ils s'adonnent de plus en plus au binge drinking. 25,5 % reconnaissent avoir bu au moins six verres en une seule occasion au cours du mois écoulé contre 18 % des 31-45 ans et 10 % des plus de 60 ans.

Le binge drinking : quelles conséquences pour la santé ?

C’est un point important, car il est souvent sous-estimé par les principaux intéressés, les adolescents et les jeunes adultes. L’an dernier, après une conférence sur l’alcool faite à la Grenoble École de Management, une étudiante m’avait demandé : « Vous pensez vraiment que 2-3 soirées de binge drinking par semaine, c’est mauvais pour ma santé ? » La prévention de la surconsommation d’alcool en milieu étudiant n’est qu’à ses débuts, même si le sujet est abordé régulièrement, chaque année, en particulier avant le week-end d’intégration.

L’alcool (éthanol) est une toute petite molécule, qui diffuse très facilement dans tout l’organisme et en particulier dans le système nerveux central, et le cerveau. Ceci est d’autant plus important que le cerveau poursuit sa maturation jusqu’à l’âge de 25 ans : une alcoolisation aiguë chez un jeune (adulte) est donc plus grave de conséquences qu’après l’âge de 25 ans, sur le développement structurel et fonctionnel du cerveau. Les épisodes de binge drinking peuvent alors entraîner une destruction de la matière grise et de la matière blanche, ainsi que des troubles de la mémoire, de la difficulté pour se concentrer et pour contrôler ses impulsions.

On observe également une augmentation des maladies du foie (chargé de transformer l’éthanol en énergie et gaz carbonique), et en particulier des cirrhoses du foie : au Royaume-Uni, où ce mode de consommation d’alcool existe depuis de nombreuses années, le nombre de cirrhoses du foie a augmenté de manière très importante (Hatton et al., 2009), et cela concerne des sujets plus jeunes (25 ans). Les hospitalisations sont en augmentation, tout comme les décès par maladies du foie : 10 % des décès précoces (à l’âge de 40 ans) sont liés à une maladie du foie, souvent due à l’alcool, et ce taux a augmenté de 25 % entre 2001 et 2008 (rapport du ministère de la Santé britannique, publié en mars 2012).

Les rapports sexuels à risques sont plus fréquents : le risque de grossesses non désirées et d’infections sexuellement transmissibles (Raj et al., 2009Miller et al., 2007) est multiplié par quatreDans l’étude que j’avais menée en 2011 à la Grenoble École de Management, 33,6 % des étudiants et 22,8 % des étudiantes déclarant une consommation de « plus de 4 verres d’alcool lors d’une occasion » avaient eu des rapports sexuels non protégés.
De plus, même s’il n’y a pas une consommation quotidienne d’alcool, ce mode de consommation d’alcool peut être à l’origine d’une dépendance alcoolique (dépendance psychologique).

Enfin, les comas éthyliques ne sont pas rares, même parmi les plus jeunes : l’alcoolémie sera plus élevée, et leur foie met plus de temps à transformer l’alcool. Je garde en mémoire le coma éthylique d’une jeune collégienne âgée de 14 ans, après une absorption massive d’alcools forts : l’alcoolémie était de3,14 grammes(d’éthanol par litre de sang). Une soirée d’anniversaire qui aurait pu vraiment mal se terminer pour cette jeune fille : en effet, dans un groupe bien enivré, les réflexes et les gestes de premier secours (mise en PLS) en attendant les secours sont diminués.

Un tel comportement a également des conséquences sociales :

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