Maisons de santé : la réponse aux déserts médicaux ?

Publié le 28.02.2018  |   Actualité 2018-02-28

En plein essor depuis quelques années, les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) permettent à la fois de lutter contre la désertification médicale, d’améliorer la qualité des soins et de renforcer le suivi des patients.

400 millions d’euros, c’est la somme que le gouvernement prévoit de consacrer au développement des maisons de santé d’ici à 2022 dans le cadre de son programme de lutte contre les déserts médicaux. L’objectif est d’améliorer l’accès aux soins de la population en s’appuyant sur la proximité et la pluridisciplinarité de ces structures, dont le nombre ne cesse de progresser depuis cinq ans. Selon un rapport du Sénat, en mars 2017 la France comptait 910 maisons de santé pluriprofessionnelles (et 334 projets en cours de réalisation), contre seulement 20 en 2008. Si le plan gouvernemental honore ses promesses, leur nombre devrait doubler avant la fin du quinquennat.

Est-ce enfin la solution à la désertification médicale ? Il semblerait bien, car, d’après une série d’études menées en 2014 et 2015 par l’Institut de recherches et de documentation en économie de la santé (Irdes), les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) contribueraient à la stabilisation de la démographie des professionnels de santé dans les territoires et amélioreraient la qualité des soins. Les bonnes pratiques y seraient mieux respectées, en particulier pour le suivi des diabétiques, la vaccination et la prévention des interactions médicamenteuses.

Professionnels de santé libéraux

« Les MSP réunissent des professionnels de santé libéraux associés autour d’un projet de santé précis, explique le docteur Pascal Gendry, président de la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS). La notion d’équipe de soins primaires y est fondamentale : elle rassemble des médecins, des infirmières, des kinésithérapeutes, des sages-femmes, des pharmaciens, des psychologues, des orthophonistes, etc., qui souhaitent travailler ensemble, échanger et mieux se coordonner dans une prise en charge cohérente des pathologies et dans l’élaboration d’actions de prévention et d’éducation à la santé. » Grâce à des systèmes d’information spécifiques, ces professionnels partagent leurs dossiers médicaux (avec l’accord des patients), organisent des réunions pluridisciplinaires et peuvent même travailler en lien avec l’hôpital, en proposant par exemple des consultations avancées de spécialistes dans leurs locaux.

Sans cette volonté de travail d’équipe coordonné, les projets de MSP ont peu de chances d’aboutir et les locaux restent vides. « Le souhait de regrouper un médecin, une infirmière et un kiné n’est pas suffisant », souligne le docteur Gendry, regrettant le fait que certaines mairies aient construit des murs sans avoir sollicité de professionnels de santé en amont.

Les jeunes médecins séduits

Le modèle des MSP répond en particulier aux souhaits des jeunes médecins, peu attirés par le traditionnel cabinet de ville isolé et soucieux de bénéficier d’horaires de travail préservant leur vie personnelle et familiale. L’organisation collective permet aussi à chaque praticien de dégager plus facilement du temps pour se former. Un ensemble d’avantages qui profite également aux patients. D’ailleurs, ces derniers semblent plutôt convaincus : « C’est en tout cas ce que montrent les enquêtes de satisfaction », relève Pascal Gendry. La mutualisation coordonnée des ressources médicales leur garantit en effet une offre élargie de soins de proximité, une continuité de la prise en charge et un meilleur suivi. Et en plus, les dépassements d’honoraires sont rares.

Alternative à l’exercice traditionnel des professionnels de santé libéraux, les MSP, qui se sont développées sans réel cadre institutionnel, s’installent désormais plus solidement dans le système de soins. L’an passé, un accord conventionnel interprofessionnel (ACI) signé avec l’Assurance maladie a permis de pérenniser une partie de leur mode de financement sous forme de forfaits annuels versés en fonction de l’obtention d’indicateurs de qualité. Un premier pas salué par la FFPMS, mais qui ne garantit pas la stabilité à long terme de structures dont le fonctionnement coûte cher. Les MSP ont encore besoin d’aides pour se développer et nul ne sait si l’enveloppe annoncée par le gouvernement sera suffisante.

Delphine Delarue 

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