Charge mentale : s’épuiser à force de penser à tout

Publié le 27.06.2018  |   Actualité 2018-06-28

Gérer le bon fonctionnement du foyer au point de ressentir une grande fatigue psychique, c’est ce que l’on appelle la charge mentale. Au sein des couples, les femmes s’en plaignent plus souvent que les hommes et ont du mal à s’en libérer. Il existe pourtant des façons d’y remédier.

Penser à faire les courses, à laver le linge, à accompagner les enfants à leurs activités, à prendre un rendez-vous chez le dentiste… Toutes ces tâches, aussi anodines soient-elles, peuvent lorsqu’elles s’accumulent devenir envahissantes et constituer une « charge mentale ».

Une source de stress

La chercheuse québécoise qui a créé ce terme, Nicole Brais, le définit par « le travail de gestion, d’organisation et charge mentale - charge physique - Mutuelle Mieux-Etre de planification, qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence ». Le concept a été popularisé ces derniers mois par la publication sur les réseaux sociaux d’une bande dessinée intitulée Fallait demander. Son auteure, Emma, y dépeint les situations qui pèsent sur le quotidien des femmes, car celles-ci s’occupent plus souvent que les hommes des activités domestiques.

« En 2010, les femmes effectuent ainsi la majorité des tâches ménagères et parentales – respectivement 71 % et 65 % », indiquait l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans un rapport publié en 2015. Cette surcharge n’est pas sans conséquences, puisqu’elle engendre « impatience, énervement, fatigue psychique et stress », explique Mireille Bouskéla, vice-présidente du Syndicat des psychologues en exercice libéral (Spel). Elle peut même conduire à une forme de burn out si l’on ne prend pas conscience de la situation à temps ».

Des injonctions contradictoires

La psychologue reconnaît l’impact de la charge mentale, même si elle utilise plutôt le terme « charge psychique » : « Dans notre société, les femmes sont très sollicitées et encouragées à être performantes au travail, à la maison et avec les enfants, mais ce n’est pas possible. Cette emprise psychique fait que les femmes se créent elles-mêmes des contraintes et ont du mal à lâcher prise. » Dans sa BD, Emma décrit la répartition des rôles au sein du couple : la femme est « la responsable en titre du travail domestique », et l’homme un simple exécutant qui demande « ce qu’il faut faire et quand il faut le faire ».

Les femmes planifient et exécutent les tâches ménagères, ce qui, selon la dessinatrice, « représente 75 % du boulot ». Et pour Mireille Bouskéla, elles se trouvent alors face à une situation contradictoire : « La maison est traditionnellement organisée par la femme, mais dans notre société elle est invitée à s’en émanciper. Or, elle veut bien laisser sa place et que l’homme participe, sans pour autant perdre son pré carré, son pouvoir sur le foyer. »

Se libérer et faire confiance

Des solutions existent pour se « décharger ». « La première chose à faire est de se rappeler que l’on a le choix, conseille la psychologue. Il faut accepter de ne pas pouvoir tout faire, de sélectionner les activités prioritaires et de laisser les autres de côté. » Le couple peut ensuite prendre le temps de discuter de l’organisation du foyer et se partager le travail : « Les femmes ne doivent plus prendre leur mari pour un enfant. Ils sont tout à fait capables de gérer le quotidien, mais ils le feront à leur manière. » C’est bien là tout l’enjeu, selon Mireille Bouskéla, qui reçoit en consultation des personnes confrontées à cette problématique.

« Un couple est venu me voir et la femme se plaignait de devoir toujours faire les courses, raconte-t-elle. L’homme s’est donc proposé de les faire, mais l’essai n’a pas été concluant, car sa femme lui a reproché de ne pas avoir acheté les produits qu’elle prenait d’habitude. Il n’a donc plus voulu renouveler l’expérience. » Une fois les champs d’action de chacun définis, la règle d’or est de ne plus s’en occuper. « Chacun veut que l’univers de l’autre soit fait à son image, conclut Mireille Bouskéla, mais il faut accepter que l’autre ne voie pas les choses de la même manière et avoir confiance. »

 

Léa Vandeputte

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