Infarctus du myocarde : les femmes aussi

Publié le 01.10.2015  |  Dossier

L’infarctus est encore trop souvent considéré comme une pathologie typiquement masculine. Pourtant, « chez la femme, la première cause de mortalité est bien la maladie cardiovasculaire, souligne le docteur Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest.

news mieux-etre infarctus femmeIl faut savoir qu’une femme a quatre fois plus de risques de mourir d’un problème cardiaque que du cancer du sein ». Et, bien qu’avant la ménopause les femmes semblent être protégées par leurs hormones, la donne est en train de changer depuis une dizaine d’années. « Elles sont de plus en plus nombreuses à faire des infarctus plus jeunes, avant 55 ans, précise le professeur Gilard. Ce phénomène s’expliquerait notamment par l’augmentation récente du tabagisme féminin, sachant que le risque s’accroît pour les fumeuses qui prennent la pilule. »  Ce n’est pas tout : l’accident cardiaque est généralement plus grave et plus mortel chez la femme. Si 43 % des hommes succombent à une crise cardiaque, celle-ci est fatale pour 55 % des femmes, rappelle la Fondation Recherche cardiovasculaire-Institut de France.

Ecart moyen de quarante-cinq minutes entre les deux sexes

Plusieurs explications à cela, et tout d’abord un défaut dans la prise en charge, plus lente chez la femme : « Les registres montrent qu’il existe un écart moyen d’environ quarante-cinq minutes entre les deux sexes. Or on sait qu’en matière d’infarctus, le temps, c’est du muscle. Plus on attend, plus la mortalité et les séquelles augmentent, même si la cardiologie a fait beaucoup de progrès ces dernières années. » D’après une étude de l’observatoire Cassandre, mis en place par la Société française de cardiologie (SFC), si les femmes connaissent les signes de l’infarctus – une douleur dans la poitrine irradiant parfois dans les mâchoires et les bras (surtout le gauche) –, elles appellent moins souvent le Samu quand elles les ressentent. « Elles ne s’imaginent pas du tout faire un accident cardiaque, observe le professeur Gilard. Cela ne leur vient pas à l’esprit parce qu’elles n’y ont pas été vraiment sensibilisées. En revanche, elles conçoivent très bien la possibilité d’infarctus pour leur mari. D’ailleurs, quand c’est lui qui en présente les symptômes, elles appellent. »
Cette moindre perception de l’infarctus peut aussi s’expliquer par le fait que, chez certaines femmes, les symptômes sont plus souvent atypiques que chez les hommes. Elles ressentent davantage une irradiation dorsale, des nausées, des palpitations, des douleurs abdominales ou encore une grande fatigue. Bref, un cortège de signes trompeurs, qui peuvent induire en erreur à la fois la patiente et le médecin. Les femmes ont ainsi 20 % de chances en moins de se voir proposer un test d’effort, et 40 % en moins une angiographie (un examen permettant d’apprécier l’état des vaisseaux sanguins).

La recherche en question

On le voit, il reste bien du chemin à faire en matière d’information. Mais le problème se situe également au niveau de la recherche. Les essais cliniques concernant les maladies cardiovasculaires portent encore essentiellement sur les hommes et il n’existe pas de traitement spécifique pour les femmes (hormis en cas d’hypertension artérielle). Et cela alors que « les lésions qui entraînent l’infarctus semblent un peu différentes chez ces dernières, ajoute le professeur Gilard. On a davantage de dissections coronaires spontanées, par exemple ».
Quoi qu’il en soit, les facteurs de risque (âge, obésité, diabète, tabagisme, sédentarité, hérédité et hypertension) demeurent les mêmes que chez les hommes, tout comme les mesures de prévention : ne pas fumer, manger sainement, limiter sa consommation d’alcool et pratiquer une activité physique régulière.
Aliisa Waltari
 

Le Samu, un service à appeler en priorité
« En France, nous avons la chance de disposer de l’un des meilleurs services d’intervention rapide au monde : le Samu, note le docteur Martine Gilard, professeur de cardiologie au CHU de Brest. Seulement, la population n’a pas suffisamment le réflexe de composer le 15 quand les symptômes de la crise cardiaque se manifestent. » L’enjeu des premières heures est de limiter le plus possible la taille de l’infarctus, c’est-à-dire la quantité de muscle cardiaque nécrosé par l’interruption de la circulation sanguine dans une artère du cœur. Il faut donc aller très vite, et seul le Samu est capable d’intervenir dans les minutes qui suivent et de transporter le malade dans de bonnes conditions vers le service de coronographie le plus proche. « Environ 85 % des personnes qui ont mal dans la poitrine appellent, précise le professeur Gilard, mais elles contactent plutôt leurs proches, leurs amis ou un voisin, et pas le Samu. Or, plus on multiplie les intermédiaires, plus on perd du temps. » Un seul réflexe à avoir, donc, si vous ressentez une douleur dans la poitrine qui irradie dans les bras, les mâchoires, voire dans le dos : composez le 15.

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