Le travail de nuit… nuit-il à la santé ?

Publié le 19.03.2015  |  Dossier

Les habitués du rythme 9 heures-18 heures ignorent sans doute leur chance ! Selon le ministère du Travail, plus de 15 % des salariés, soit 3,5 millions de personnes, travaillent de nuit (entre 21 heures et 6 heures), sans compter les artisans et professions libérales. Une situation qui n’est pas sans effet sur leur santé.

« Située dans notre cerveau, notre “horloge interne” est modulée par l’alternance lumière-obscurité, explique le Pr Damien Léger, responsable du centre du sommeil à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, à Paris. Son action diminue tous nos rythmes pendant la nuit pour préserver notre énergie, nous permettre de nous reposer et maintenir notre corps à une température constante. »
En obligeant notre horloge interne à se décaler, le travail de nuit bouleverse cet équilibre et nous impose un rythme qui n’est pas naturel. Une perturbation qui ne serait pas sans danger. En France, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a mené entre 2005 et 2008 une étude, baptisée Cecile (Cancer du sein en Côte-d’Or et Ille-et-Vilaine et environnement), qui comparait le parcours professionnel de 1 200 femmes ayant développé un cancer du sein à celui de 1 300 femmes en bonne santé. Les résultats montrent un risque de ce cancer augmenté chez les travailleuses de nuit. En 2010, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé le travail de nuit « probablement cancérogène ».

Rôle antioxydant de la mélatonine

Comment une modification du rythme jour/nuit peut-elle entraîner l’apparition de cancers ? Les chercheurs émettent au moins deux hypothèses. La première concerne le rôle de la mélatonine, une hormone sécrétée par une glande du cerveau. C’est elle qui indique à tous les organes que c’est le moment de dormir. Stimulée par l’obscurité, sa production est au top au cœur de la nuit, entre 2 et 5 heures. Elle a aussi un rôle protecteur contre la dégénérescence cellulaire, un rôle antioxydant. Donc, si notre corps est exposé à la lumière à un moment où il devrait dormir dans l’obscurité, la production de mélatonine est bloquée et ce déficit favoriserait l’apparition d’un cancer.
La deuxième hypothèse est l’insuffisance de sommeil. En moyenne, les personnes travaillant la nuit dorment une heure de moins que les autres, soit moins de six heures au lieu de sept heures. Devenue chronique, cette perte de sommeil équivaut à une nuit de sommeil perdue par semaine. L’épuisement qui en résulte entraînerait une diminution de nos défenses immunitaires, donc une moins bonne capacité à lutter contre les maladies.

Après quelques mois

« Le mécanisme est progressif, reprend le Pr Léger. S’il s’agit d’un travail de nuit uniquement sur deux ou trois semaines, il n’y a pas d’impact. Mais sur une durée plus longue, cela fragilise. Un cancer peut apparaître après quelques mois ou quelques années. »
« On parle beaucoup actuellement du travail de nuit et des problèmes de pénibilité au travail, mais, sur le plan scientifique, tout n’est pas absolument clair, relativise Pascal Guénel, directeur de recherche à l’Inserm, qui a piloté l’étude Cecile. Le cancer du sein survient chez les femmes aux alentours de 45-55 ans et les facteurs de risque de ce cancer sont variés. Les femmes qui travaillent la nuit n’ont pas forcément le même mode de vie que les autres : âge du premier enfant, nombre d’enfants, consommation de tabac. Toutes ces données peuvent interférer dans la survenue d’un cancer du sein. Il n’y a pas que le travail de nuit. Comment mesurer tous ces facteurs ? »
En l’absence de certitudes scientifiques absolues, il est de toute façon préférable pour les travailleurs de nuit de veiller tout particulièrement à la qualité de leur sommeil et de leur hygiène de vie.

Nadine Allain

 

Quelques règles pour préserver sa santé et son sommeil

  • Respectez des horaires réguliers de coucher et de lever.
  • Dormez au moins 7 heures sur 24, même en plusieurs fois, et 1 heure 30 à 2 heures de plus les jours de repos.
  • Veillez à bien obscurcir votre chambre si vous dormez dans la journée.
  • Evitez les médicaments pour dormir et les psychostimulants pour maintenir la vigilance.
  • Limitez votre consommation d’excitants (café, thé, sodas à base de cola, boissons énergétiques).
  • Utilisez la lumière : exposez-vous au jour ou à une lumière artificielle élevée au travail pour resynchroniser votre horloge interne et augmenter votre vigilance.
  • Mangez équilibré avec trois repas quotidiens variés. Limitez le grignotage.
  • Pratiquez une activité physique régulière.
  • Parlez de votre travail aux médecins que vous consultez et informez-les de vos horaires afin qu’ils puissent adapter votre suivi médical.

 

Source : site www.institut-sommeil-vigilance.org

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