Boissons énergisantes : potions magiques ou poisons ?

Publié le 06.07.2022  |   Actualité 2022-07-06

Depuis plusieurs années, les boissons énergisantes ont fait leur apparition sur le marché, mais elles n’ont été autorisées en France qu’en 2008 (dernier pays en Europe qui avait maintenu l’interdiction). Le Red Bull est, en France, la boisson énergisante la plus vendue, loin devant Burn, Monster Energy, et Dark Dog, pour ne citer que ces marques. En 2020, 7,9 milliards de canettes de Red Bull Energy Drink ont été consommées dans le monde, soit une augmentation de 5,2 % en un an.

 

Boisson énergisante ou boisson énergétique : compenser ou stimuler ?

Les boissons énergétiques (energising drink) contiennent :

  • des sucres,
  • des sels minéraux (sodium, potassium),
  • et des vitamines.

Les boissons énergétiques ou « boissons diététiques glucidiques de l’effort » peuvent être utilisées lors d’activités sportives intenses, en complément d’une bonne hydratation et d’une alimentation adaptée pour éviter les coups de fatigue en aidant à compenser les dépenses énergétiques.

Les boissons énergisantes (energy drink) contiennent en moyenne :

  • du sucre : 27 grammes pour une canette de 33 cl, ce qui est loin d’être négligeable,
  • de la caféine : 80 milligrammes, soit l’équivalent d’une à deux tasses de café,
  • de la taurine : 1000 milligrammes, soit 5 fois la dose quotidienne normalement apportée par l’alimentation,
  • du D-glucuronolactone : 600 milligrammes, soit 500 fois la dose quotidienne normalement apportée par l’alimentation,
  • des vitamines B (B2, B3, B5, B6 et B12),
  • un édulcorant de synthèse,
  • et de l’eau gazeuse.

 

Les boissons énergisantes jouent donc un rôle « coup de fouet » : elles stimulent le système nerveux,mais elles sont incapables de compenser les pertes énergétiques liées à un effort pendant une activité sportive.

Il faut savoir qu’il existe des formes sans sucre qui, si elles sont utilisées lors d’activités physiques ou sportives intenses, vont entraîner un effet de fatigue, qui nécessitera une longue période de récupération. Vous comprenez bien que l’effet observé est à l’opposé de l’effet recherché : on ne prend pas une boisson énergisante pour ressentir un effet de fatigue intense après l’activité sportive.

 

Confusion entretenue…

La confusion entre boissons énergisantes et énergétiques est bien entretenue. Ainsi, Red Bull consacre 30 % de son chiffre d'affaires au marketing, sponsorisant les sports extrêmes pour se donner une image sportive : rallye automobile, endurance automobile, ski, en particulier.

Le positionnement commercial est lui aussi bien étudié : épiceries, supermarchés ou stations-service, les boissons énergisantes ou énergétiques se trouvent partout et bien souvent dans le même rayon que les sodas pour en banaliser l’image.

 

Du marketing, rien d’autre

L’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) précise sur son site Internet  que : « le terme " boissons énergisantes " est un terme marketing qui n’a pas de définition au plan réglementaire et qu’il regroupe des boissons censées " mobiliser l'énergie " en stimulant le système nerveux. »

Voici les recommandations de l’ANSES (2021) sur les Boissons énergisantes, « nos conseils pour éviter les accidents cardiaques » :

  • Evitez de les consommer avant ou pendant une activité physique,
  • Ne les associez pas avec l’alcool,
  • Enfants, adolescents, femmes enceintes ou allaitantes, personnes présentant des troubles cardio-vasculaires ou hépatiques sévères, une pathologie neurologique, psychiatrique ou une insuffisance rénale... : évitez de consommer des boissons énergisantes.

 

En France, une surveillance des signalements d’effets indésirables a été mise en place dès 2008 par l’Institut national de veille sanitaire (InVS), et a été relayée par le dispositif de nutrivigilance confié à l’Anses en 2009 (loi n°2009-879 du 21 juillet 2009).

 

Qui peut déclarer un effet indésirable ?

  • Les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, diététiciens, etc.) ;
  • Les fabricants ou distributeurs ;
  • Tout particulier ayant subi un effet indésirable. Il est cependant recommandé de prendre contact avec un professionnel de santé afin que celui-ci effectue la déclaration.

 

Dans ce cadre, plus de 200 cas d’effets indésirables ont été signalés à l’Anses en lien avec la consommation de ces boissons ; l’imputabilité de la consommation de boissons dites énergisantes dans la survenue de ces évènements a été jugée très vraisemblable ou vraisemblable pour 12 % d’entre eux. Les principaux symptômes observés sont essentiellement cardiovasculaires (sensations d’oppression ou de douleurs thoraciques, tachycardie, hypertension, troubles du rythme allant jusqu’à l’arrêt cardiaque...), psycho-comportementaux ou neurologiques (irritabilité, nervosité, anxiété, voire crises de panique, hallucinations, épilepsie).

 

Alors, les boissons énergisantes sont-elles dangereuses pour la santé ?

Deux composants avaient attiré l’attention des autorités sanitaires françaises en 2006 (l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, actuelle ANSM) et européennes en 2009 (l’agence européenne de sécurité alimentaire) : la taurine et le D-Glucuronolactone.

Elles avaient cependant conclu qu’il n’y avait pas de preuve irréfutable d’un risque avéré, mais que certaines situations d’emploi effectif de la boisson (activité sportive, prise concomitante d’alcool) étaient associées à un risque cardiovasculaire à l’effort (augmentation du débit cardiaque) d’une part, et un risque de perception amoindrie des effets (par ailleurs conservés) de l’alcool d’autre part.

C’est la caféine, ou en tout cas son excès, qui est à l’origine d’incidents : palpitations, accélération du rythme cardiaque, perte de connaissance, arrêt cardiaque, intoxication, dépendance voire décès.

Sans être alarmiste, précisons que cela est plus fréquent chez des sujets à risque (diabétiques, malades du cœur, du foie et du rein, en particulier). Par conséquent, je conseille aux personnes diabétiques, malades du cœur, du foie et du rein d’éviter de consommer des boissons énergisantes.

Une étude effectuée par l’agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) en 2012 auprès de 52 000 personnes de 16 états membres de l’Union européenne nous avait appris que :

  • la contribution des boissons « énergisantes » à l’exposition totale à la caféine représente environ 8 % chez les consommateurs adultes, 13 % chez les adolescents et 43 % chez les enfants ;
  • environ 18 % des enfants interrogés âgés de 3 à 10 ans déclarent consommer des boissons énergisantes ;
  • la consommation associée avec celle d’alcool concerne 53 % des adolescents et 56 % des adultes.

 

 

De la caféine pour les enfants ?

Près d’un enfant âgé de 3 à 10 ans sur cinq déclare consommer des boissons énergisantes !

L’apport de sucre et l’apport de caféine devraient constituer deux raisons suffisantes pour interdire la consommation de boissons énergisantes aux mineurs en France. Même l’EFSA, lors de la publication de cette étude, n’a malheureusement pas donné de recommandations allant dans ce sens : juste la confirmation que la taurine et le glucuronolactone ne présentaient pas de risques avérés pour la santé. En 2013, l’EFSA a donné un avis scientifique sur la sécurité de la caféine, en fixant des doses chez l’adulte, la femme enceinte/allaitante et les enfants/adolescents.

Cette étude confirmait également que la consommation des boissons énergisantes est souvent associée à celle de l’alcool.

Une revue de la littérature publiée en 2017 avait montré que la consommation de boissons énergisantes chez les adolescentes était associée à la recherche de sensations, des symptômes anxieux et dépressifs, à une atteinte des fonctions exécutives, des symptômes d’hyperactivité et d’inattention, ainsi qu’à des troubles du sommeil (J Child Health Care).

Une étude menée également en 2017 auprès de 30,588 lycéens italiens âgés de 15 à 19 ans a montré que la consommation de boissons énergisantes seules ou associées à de l’alcool était associée à du tabagisme quotidien, des alcoolisations massives, ainsi qu’à la consommation de cannabis ou d’autres drogues illicites. Etaient aussi retrouvées plus de prise de risque, des rapports sexuels non protégés, des accidents, de la violence et des bagarres.

Cela rejoint les résultats de l’étude que j’avais mené auprès des étudiants de l’école de commerce de Grenoble en 2011, publiés dans le Courrier des Addictions.

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