Coronavirus : une occasion supplémentaire d'arrêter de fumer

Publié le 11.05.2020  |  Actualité

Le 17 mars 2020, le confinement a été mis en place en France, dans le cadre de la pandémie du au Coronavirus. Les fumeurs de tabac peuvent sortir de chez eux pour aller acheter leur tabac, les bureaux de tabac faisant partie des commerces de première nécessité. En effet, les « commerces de détail de produits à base de tabac » figurent dans la liste publiée par décret .

Trois réflexions que je veux partager avec vous sur cette situation :

  • - les facteurs aggravants de cette maladie sont des conséquences du tabagisme
  • - le stress, la peur d’être porteur du virus, et les conséquences du confinement peuvent aggraver le tabagisme, et pour les ex-fumeurs une cause de rechute
  • - c’est l’occasion de mettre fin à cette triple dépendance tabagique, en arrêtant de fumer

La fumée de tabac est toxique et elle est à l’origine de nombreuses maladies mortelles

La fumée de tabac contient de très nombreuses substances irritantes et cancérogènes, ainsi que du monoxyde de carbone (CO). Le tabagisme est associé à trois grands groupes de pathologies  : les cancers (bronches et poumons, vessie, ORL, œsophage, estomac, colon, foie, pancréas), les maladies cardio-vasculaires (hypertension artérielle, infarctus myocardique, AVC, artérite des membres inférieurs) et les pathologies respiratoires chroniques (BPCO, asthme). Il est également associé à des maladies métaboliques  telles que le diabète et l’obésité.

2020 est l’année d’une nouvelle pandémie, celle du Covid19, dont les premiers cas ont été décrits dans la province du Wuhan en Chine dès le mois de novembre 2019. Plusieurs publications chinoises en particulier décrivent les facteurs de risque associés à la gravité de cette maladie : l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde, la BPCO, le diabète (Guan et al ., Zhou et al  .), et l’obésité (Quingxian et al.) . Ce sont les complications du tabagisme, qui sont mis en évidence ici, mais les études épidémiologiques récentes portent pas toutes sur les mêmes critères : facteurs associés au décès, ou bien facteurs associés à une forme sévère de la maladie, à une réanimation lourde.

Dans la publication de Guan et al ., qui porte sur 1 099 patients, 16,9%des fumeurs ont une forme sévère de la maladie, alors que 11,8% des fumeurs ont une forme non-sévère. De plus, parmi ceux qui correspondent au critère principal de gravité (prise en charge en soins intensifs, ventilation assistée ou décès), le nombre de fumeurs est plus élevé que chez ceux qui ne correspondent pas à ce critère de gravité (25,8% vs 11,8%).

Dans la publication de Liu et al ., portant sur 78 patients, le tabagisme est un facteur de gravité de la maladie (OR=14,3) dans un modèle d’analyse multivariée.

Le 25 mars 2020, la Société Francophone de Tabacologie a publié un communiqué de presse  intitulé « Coronavirus/COVID-19 et tabagisme : l’importance de l’arrêt  du tabac ». Elle cite les deux études chinoises précisant le rôle du tabagisme dans l’évolution de la maladie et précise que ces résultats descriptifs et qui portent sur un faible nombre de cas ne permettent pas de tirer des conclusions fermes. Toutefois, en sachant que le tabagisme est un facteur de risque majeur des maladies broncho-pulmonaires et des infections, ces résultats ne peuvent pas être ignorés.

Ce confinement a des conséquences chez les fumeurs (de tabac et/ou de cannabis) et chez les vapoteurs, pour eux-mêmes et pour leur entourage, confiné dans le même espace.

Ce confinement va générer du stress lié à la maladie du coronavirus, le risque d’être atteint par ce virus invisible, ainsi que les conséquences sur le plan professionnel, familial, en particulier. Cela va majorer la dépendance psychologique  des fumeurs : « je fume parce que je suis stressé, je ne me sens pas bien, je suis anxieux », « lorsque je fume, je me sens mieux, plus détendu ». Et après avoir fumé une cigarette, le facteur déclenchant (le confinement, une information entendue à la radio, à la télévision, un message sur les réseaux sociaux, les enfants qui chahutent autour de moi) va revenir et l’envie d’en fumer une autre va revenir. Le cercle vicieux que nous connaissons bien en tabacologie : situation déclenchante à émotion à pensée automatique à comportement à conséquences.

Détaillons les différentes phases qui vont se succéder :

  • - la situation déclenchante: je suis confiné chez moi, j’entends de nombreuses informations à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux concernant l’évolution de la maladie du coronavirus, les conditions de travail difficiles du personnel dans les hôpitaux et dans les EHPAD, les enfants qui ne peuvent pas sortir et sont difficiles à gérer, …
  • - l’émotion que je ressens: l’anxiété, la peur, la colère
  • - la pensée automatique qui me vient à l’esprit : je me sens inutile, je suis énervé et une cigarette va me calmer, elle va m’aider à penser, à me concentrer
  • - le comportement : je fume une cigarette

- les conséquences : je me sens plus calme, plus relaxé, la tension retombe, je respire mieux, je me sens moins oppressé.

Et rapidement, une nouvelle situation déclenchante va relancer ce cercle vicieux.

La consommation de tabac va donc être importante, plus fréquente au cours de la journée.

Il s’agit de modifier un comportement, et les thérapies cognitives et comportementales  ont toute leur place ici. En se focalisant sur cette dépendance psychologique, des solutions existent, adaptées à chacun. Le but est de sortir du cercle vicieux pour entrer dans un cercle vertueux, un cercle constructif  !

Il est donc nécessaire de modifier l’un ou plusieurs éléments de ce cercle vicieux :

  • - il sera parfois difficile de supprimer la cause déclenchante, le confinement ; mais par contre, se soustraire au flux d’informations plusieurs fois par jour, ce sera une possibilité.
  • - la gestion des émotions: les exercices respiratoires, le yoga, la sophrologie, la méditation pleine conscience, la psychologie positive sont utiles et efficaces.
  • - les pensées automatiques: il faudra analyser ses croyances, ces #FakeNews aussi qui circulent et leur opposer une réalité objective ; par exemple, « non, une cigarette ne peut pas me calmer, mais il faut que je fasse des exercices respiratoires, de la cohérence cardiaque ».
  • - le comportement alternatif: au lieu de fumer, prendre un verre d’eau, par exemple.
  • - les conséquences: il faudra les noter par écrit, car ce seront des éléments de renforcement positif (importance de renforcer le sentiment d’efficacité personnelle ).

Sortir de cet engrenage en arrêtant de fumer

Le meilleur comportement alternatif durable, c’est l’arrêt du tabac. Plus facile à dire qu’à faire me direz-vous : c’est possible, même si ce n’est pas la première fois. Le fait d’être accompagné double les chances de réussite.

La dépendance nicotinique sera gérée avec un apport de nicotine suffisant et suffisamment longtemps (au moins trois mois) à l’aide de substituts nicotiniques (patchs et formes orales), voire par la vape.

La dépendance psychologique sera gérée grâce aux exercices respiratoires, à la cohérence cardiaque qui permet de s’accorder du temps pour respirer différemment et sans s’intoxiquer, pendant 5 minutes 3 fois par jour. Il existe des applications sur smartphone comme RespiRelax+, par exemple.

La dépendance comportementale sera gérée en mettant en place divers comportements alternatifs tout au long de la journée.

Le système de récompense  va être sollicité et l’envie de consommer de l’alcool pourra à son tour survenir. En cette période de confinement, les apéros virtuels ou non reviennent à la mode, au risque de rompre une abstinence ou une réduction de consommation mise en place depuis plusieurs mois ou années. la vigilance doit être présente, en référant aux seuils de consommation de Santé Publique France  : 2 verres par jour au maximum, 5 jours par semaine au plus.

 

En conclusion, cette période de confinement qui ne fait que commencer est l’occasion de faire le point sur sa consommation de tabac et de choisir d’arrêter de fumer pour sa santé et celle de ses proches.

 

Cet article est publié en partenariat avec Addict’Aide

 

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